Mise en place du nouveau gouvernement Milei

Le gouvernement actuel de l’Argentine est dirigé par Javier Milei depuis le 11 décembre 2023Il a remporté les élections présidentielles en novembre 2023 en tant que candidat du parti libertarien d’ultradroite.
Comme attendu, le gouvernement du Président Milei a lancé son programme d’austérité. Ce sont des mesures  choc » qui visent à :

  • lutter contre l’inflation
  • remettre de l’ordre sur le plan fiscal, budgétaire et monétaire
  • commencer à corriger les innombrables distorsions économiques en place.

Il faut admettre qu’en 4 ans, le précédent gouvernement s’est montré peu actif. Malgré une inflation qui atteint les 148% depuis le début de l’année (et 160% interannuel), il se contentait d’essayer de « limiter la casse ».
Par contre, ces mesures sont encore incomplètes et ne constituent pas encore un plan de stabilisation de l’économie cohérent et à la hauteur de la gravité de la situation. 

Voici les principales mesures annoncées/adoptées : 

  • Déficit fiscal zéro dès la première année de gouvernement. L’effort fiscal à faire est conséquent puisque le déficit public atteint les 5% du PIB.
  • Le gouvernement compte réduire les dépenses de 2,9% et augmenter les recettes (impôts) de 2,2%.
  • Dévaluation du peso de 54,2% effectuée fin décembre, à la suite de quoi, un dollar coûte aujourd’hui 800 peso alors qu’il coûtait 400 peso mardi 12 décembre 2023.
  • Réduction du taux d’intérêt de 133% à 110%.
  • Réinstauration de l’impôt sur le revenu (Ganancias) que le gouvernement précédent avait presque intégralement supprimé en octobre dans une tentative de gagner les élections (cadeau électoral).
  • Diminution des subventions publiques à l’énergie, à l’essence et au transport public à partir du 1er février 2024.
  • Ce qui implique que les factures des entreprises et des particuliers vont fortement augmenter.
  • Depuis des années, les Argentins sont habitués à payer des prix inférieurs au coût de production car l’Etat compense la différence via des subventions aux entreprises d’électricité, de gaz, d’hydrocarbures et de transport public. En 2022, ces subsides représentaient 2,6% du PIB.
  • Coupes dans l’emploi public. Tout emploi dont la durée de contrat était inférieure à 1 an ne sera pas prolongé.
  • Il n’y aura plus d’appels d’offres publics pour des travaux d’infrastructure. Tout marché public déjà attribué mais dont les travaux n’ont pas encore démarré sera annulé.
  • Suppression de toute publicité de l’Etat dans les médias, et ce, pour 1 an.
  • Suppression du système SIRA « Sistema de Importaciones de la República Argentina » très restrictif et remplacement par un nouveau « système statistique » via lequel il ne faudra pas demander une licence d’importation.
  • La taxe sur toutes les importations est passé à 17,5% de la valeur CIF. Auparavant, elle était de 7,5% pour les biens et de 15% pour les services. 

Conséquences dans l’immédiat : 

  • Suite à la « méga dévaluation », l’inflation devrait s’accélérer dans les prochains mois. On annonce même une inflation de 100% sur les 3-4 premiers mois de l’année 2024.
  • L’économie (qui tourne surtout grâce à la demande interne) va connaitre un nouveau coup d’arrêt. L’année 2023 a déjà été récessive et l’année 2024 le sera également.
  • Situation donc de stagflation avec zéro croissance économique et forte inflation. En effet, cet effort fiscal et budgétaire ne peut qu’avoir un impact négatif sur l’activité économique. Mais c’est la première étape indispensable pour essayer de renverser la dynamique de l’inflation. Le président Milei estime qu’il faudra 18 à 24 mois pour mettre fin à l’inflation.
  • Le pouvoir d’achat de tous les Argentins vient de prendre un gros coup car les prix ont augmenté de 20 à 100% en fonction des biens. Par exemple, le prix de l’essence a augmenté de +/-37% depuis mardi 13 décembre. Un autre exemple : le prix des billets d’avion a augmenté de 100%. 

Concernant les importations (sujet qui intéresse nos entreprises qui ont du mal à se faire payer depuis plusieurs mois), une première analyse de la Communication A7917 du 13/12/2023 de la Banque Centrale (BCRA) tend à montrer que : 

  • Le paiement d’importations de biens ou services réalisés avant le 13/12/2023 reste interdit pour le moment. Les entreprises étaient déjà supposées payer leurs importations à 180 jours (en théorie car en pratique ce n’était déjà plus le cas). Donc le problème de la dette commerciale des entreprises argentines vis-à-vis de l’étranger reste. Il va falloir plusieurs mois pour absorber cette dette.
  • A partir du 13/12/2023, la majorité des biens importés pourront être payés en 4 tranches de 25% : à 30, 60, 90, et 120 jours après la date d’entrée en douane. Les conditions précises dépendent du type de la marchandise. 
    L’importation d’hydrocarbures et d’énergie électrique pourra être payée directement après le « passage en douane ».
    L’importation de médicaments et fertilisants pourra être payée à 30 jours tandis que l’importation de véhicules se payera à 180 jours à partir de la date d’entrée en douane.
  • Concernant les services, le délai de paiement principal sera de 30 jours après la date de prestation du service ET de la date de facture.
    Le délai de paiement des services intragroupes (sociétés d’un même groupe économique) passe à 180 jours alors que, depuis fin 2019, ce type de paiements était interdit. 

Donc concernant les importations, en théorie, on va déjà vers un assouplissement des restrictions en vigueur depuis plusieurs années en Argentine. Il conviendra maintenant de suivre comment cela se fera dans la pratique. 

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