Plus de 80 personnes étaient présentes à ce séminaire organisé par le Centre régional de Charleroi en collaboration avec Hainaut Développement.

Un public mixte d’entreprises et d’étudiants de l’Ephec qui, dans le cadre du programme Explort, prendront bientôt la direction du Canada afin d’y explorer le marché pour des entreprises wallonnes.

Le COO Overseas de l’Awex, Michel Kempeneers, a introduit cette matinée en rappelant la longue tradition d’échanges qui existe entre la Wallonie et le Canada, qui devrait se trouver facilités par le CETA. Il en a profité pour glisser que l’augmentation (+465%) des exportations vers le marché canadien ne pouvait être mis sur le compte de ce seul accord mais devait être relativisé au regard de gros contrats signés sur cette période.

Son Excellence Olivier Nicoloff, Ambassadeur du Canada en Belgique, a également tenu à relativiser ces chiffres reposant sur une période trop courte même s’ils sont encourageants. Il a ensuite abordé le faible taux d’imposition des sociétés et l'excellent climat d’affaires de son pays. Il a également évoqué l’AEUMC (l’accord Canada-USA-Mexique, ex-ALENA) qui permet de soumissionner aux marchés publics et de voir ses produits ou services exonérés de taxes de douane. Le Canada est, par conséquent, une tête de pont donnant l’accès à un marché de 500 millions de consommateurs tout en offrant un environnement propice aux investisseurs.

L’un des défis du CETA, en parallèle, sera de sortir les entreprises (canadiennes mais aussi wallonnes) de leur zone de confort et de les emmener à la grande exportation, de les inciter à faire traverser l’océan à leurs produits ou services. Notons également que le CETA ne prévoit pas d’harmonisation des normes environnementales entre Union Européenne et Canada. Ravi de la mise en application du CETA à 90-95% qui montre déjà de belles tendances, SE Olivier Nicoloff rappelle néanmoins que le processus sera tout-à-fait bouclé avec la ratification du traité et il espère voir la Belgique le signer.

Stéphanie Robin - Délégation générale du Québec à Bruxelles

"Plus de 50% des projets R&D canadiens sont initiés au Québec, 3 des 7 universités les plus actives en R&D du pays y sont aussi basées"

Mais quelles opportunités concrètes?

Stéphanie Robin, de la délégation générale du Québec à Bruxelles, voit sa province comme le point d’ancrage naturel pour nos entreprises: il s’agit du port le plus proche de l’Europe et nous avons des points communs au niveau culturel au-delà de la langue qui facilite les échanges.

La belle province dont la matière grise est la matière première ! Plus de 50% des projets R&D canadiens sont initiés au Québec, 3 des 7 universités les plus actives en R&D du pays y sont aussi basées. Elle explique d’ailleurs que les étudiants wallons au Québec bénéficient d'un accord qui leur permet de payer la même chose qu’un résident pour s’inscrire dans une école.

Pour elle, ce sont les secteurs agro-alimentaire et des nouvelles technologies, au-delà du phénomène GSK, qui sont les plus porteurs et qui ont le plus de marge. Les investissements en infrastructures et notamment la stratégie maritime du Québec sont leur principal projet, pour assurer le fait d’être une porte d’entrée logistique sur le continent américain. La multimodalite doit, entre autres, être optimisée. Le secteur aérospatial est également bien représenté à Montréal, 3e capitale mondiale du secteur après Seattle et Toulouse. Enfin, l’économie numérique (dont le manufacturing 4.0 et l’intelligence artificielle). Le CETA permettra également à nos entreprises de répondre aux marchés publics canadiens, même si, comme dans l’autre sens, il est parfois plus simple de se trouver un partenaire sur place.

Xavier Van Overmeire, Chef régional du secteur commerce international chez Dentons

"Ce sont des nord-américains qui parlent français, pas des Français en Amérique du Nord !"

Le chef du secteur commerce international de Dentons, Xavier Van Overmeire, un avocat belge au Canada, a évoqué les secteurs forts d'un manière plus générale pour l'ensemble du pays: industrie automobile, environnement, agroalimentaire, aéronautique, nouvelles technologies ou encore santé et biotechnologies.

Il a expliqué que le CETA amène l’élimination des barrières tarifaires (et non-tarifaires), la libéralisation des services, la mobilité des travailleurs, des accords de reconnaissance mutuelle, l’ouverture des marchés publics... ce n’est pas seulement pouvoir y exporter des produits finis mais aussi nouer des partenariats, créer une filiale, réaliser un transfert de technologie. Mais il confirme que, si les marchés publics sont ouverts, il vaut mieux être présent à l’avance, via un bureau de représentation par exemple. Il est en effet très compliqué de débarquer sur le marché par le biais d’un marché public (même s'il peut s'agir d'une stratégie), il est nécessaire d'avoir un ancrage sur place la plupart du temps.

Pour conclure, Yaël Haumont (Awex Amériques) a détaillé les aides de l'Awex à disposition des entreprises wallonnes pour le Canada en plus des aides "classiques" et du programme d'actions : la présence de trois Conseillers Economiques et Commerciaux (qui peuvent vous aider à trouver des informations sur le marché, élaborer une liste de distributeurs ou de clients, préparer un programme pour un voyage de prospection), le fait que Montréal est un poste Digital Wallonia International (zone privilégiée pour le développement numérique), la présence d'un Agent de Liaison Scientifique (transfert de technologies, partenariats en R&D) ainsi que la possibilité de commencer par un séjour dans l'un des incubateurs du Quartier de l'Innovation. Mais avant toute chose, n'oubliez pas de faire les démarches pour obtenir votre numéro d'enregistrement REX pour bénéficier de la suppression des droits de douane dans le cadre du CETA !

L'expérience de STÛV

Tout a commencé en 2007, quand l'entreprise est contactée directement par un Canadien, tombé sous le charme du design d'un produit paru dans une revue française. STÛV a alors commencé à exporter par le biais de ce distributeur qui tentait de regrouper des commandes afin de diminuer les frais d'envoi. Mais il n'était pas aisé d'imposer le produit et de justifier le prix.

En 2013, afin d'être encore mieux distribués, ils ont décidé d'implanter une filiale logistique. Ils ont dû faire face aux certifications nord américaines mais n’ont jamais cessé de se développer, au départ autour de Montréal et puis à la conquête du reste du pays. Cela a permis d’alléger les tâches de leur importateur (logistique, certification) et de pouvoir livrer rapidement à partir d’un stock.

Depuis 2016, ils ont carrément créé STÛV America, qui crée des modèles spécifiques pour le marché nord américain et les produit sur place, en collaboration avec le distributeur local. Une stratégie commerciale qui a évolué au fil du temps pour s’avérer payante. "L’avantage en Amérique du Nord, c’est que culturellement, c’est assez harmonisé : un business model suffit, au-delà de la langue, pour toute la région. En Europe, on ne vend pas en Italie comme en Allemagne..." nous explique François Thiry, Business Development STÛV, qui nous rappelle également de ne pas sous-estimer les barrières non-tarifaires (certification).

La mise en application du CETA qui supprime les 7 à 8% de barrière tarifaire a permis à STÛV d'être plus compétitif. "Commencer par le Québec est une bonne idée : il s'agit d'un marché test exigeant qui permet ensuite de se développer dans les autres provinces du Canada et puis aux USA. Un mot-clef? Persévérance !"

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