L'économie en bref

Après deux trimestres de contraction de l’activité, l’économie italienne a connu un rebond contenu au premier trimestre 2019 (+0,1%).

La croissance en 2018 a été révisée à la baisse (+0,7% contre 0,8% estimé précédemment), soit un net ralentissement par rapport à 2017 (1,7%). La progression du PIB s’est faite à un taux au mieux nul dès le deuxième trimestre. La demande intérieure depuis le printemps 2018 a abandonné le rythme annuel supérieur à 1,5% qu’elle engrangeait depuis 2015. Depuis, elle ne croît que de 0,6%, ce qui n’est pas suffisant dans un contexte de faiblesse de la demande extérieure. Cette dernière a abandonné les taux de croissance supérieurs à 5% pour progresser au rythme de 1,8% en moyenne depuis un an. De plus, les entreprises se sont engagées dans un processus de déstockage depuis qu’elles ont commencé à réviser à la baisse leurs anticipations de demande au printemps 2018.

Le rebond du PIB au premier trimestre 2019 s’explique par une contribution positive de la demande extérieure qui a compensé la contribution négative de la demande intérieure. Pour le deuxième trimestre consécutif, le déstockage des entreprises a impacté très négativement la croissance, enlevant 0,7 point de PIB à la croissance.

Si la récession du deuxième semestre 2018 s’est bien révélée « technique » et caractérisée par des facteurs exceptionnels, le risque d’une véritable récession n’est pas loin.

Le rebond des exportations et de la production industrielle en début d’année pourra difficilement se renforcer courant 2019. L’indice de la production industrielle a progressé de 1% au premier trimestre (la dernière variation positive trimestrielle de l’indice avait été enregistrée au 4ième trimestre 2017). Les nouvelles normes européennes concernant les émissions de gaz des véhicules avaient paralysé la production durant l’été 2018, affectant principalement l’Allemagne et l’Italie (liées par d’importants contrats de fourniture). Pourtant, le redressement observé en début d’année n’a pas perduré : l’indice a reculé de 1% en mars et de 0,7% en avril et, sur un an, il est en repli de 1,5%. Les secteurs d'activité économique qui ont enregistré une évolution positive sont la fourniture d'électricité, de gaz, de vapeur et d'air (+5,8%), ainsi que l’industrie alimentaire, les boissons et le tabac (+4,9%). Les plus fortes baisses ont été enregistrées dans les industries du textile, de l'habillement, du cuir et des accessoires (-8,2%), dans la fabrication de coke et de produits pétroliers raffinés (-7,4%) et dans la fabrication de machines et équipements (-6,2%). Du mieux du côté de la production de véhicules automobiles qui, en avril 2019, progresse de 3% (-17% sur un an).

Les indicateurs avancés n’envoient pas de signaux encourageants. Les enquêtes auprès des directeurs d’achats signalent une activité en moindre repli dans l’industrie, mais les nouvelles entrées de commandes au mois d’avril sont en baisse de 1,4%, tirées par une contraction significative des commandes provenant de l’étranger. En revanche, l’activité est signalée encore en expansion dans les services.

Si la contribution de la demande extérieure est redevenue positive depuis le 4ième trimestre 2018, c’est surtout du fait de la faiblesse des importations (en recul de 1,7% au premier trimestre 2019). Le ralentissement des exportations (de 7,6% en 2017 à 3,1% en 2018) s’est confirmé pour les partenaires extra-UE (notamment la Turquie, la Chine, le Japon et la Russie) et ceux de l’UE (notamment en Espagne, où les exportations se sont réduites de moitié par rapport à 2017). Au premier trimestre 2019, le rythme de croissance des exportations est positif mais très faible (+0,3). Les exportations envers les partenaires principaux se sont redressées depuis début 2019 mais les enquêtes de conjoncture concernant les commandes provenant de l’étranger sont encore trop volatiles pour y lire des signaux précis. Les risques à la baisse liés au ralentissement du commerce international restent présents en raison de l’escalade de la guerre commerciale sino-américaine.

Sur ce fond d’incertitude sur la demande étrangère, l’affaiblissement progressif de la demande intérieure préoccupe. La consommation privée progresse à un rythme stable mais très modéré (0,6% en 2018 et 0,1% au premier trimestre 2019). Le cycle de consommation de biens durables se trouve dans une phase avancée : les dépenses des ménages pour cette catégorie ont progressé de 3,6% en 2018, en ralentissement par rapport à 2017 (+5,1%). Le relatif dynamisme de cette composante (+2,8% sur un an au premier trimestre 2019) devrait continuer de soutenir la consommation à moyen terme. De plus, les intentions d’acquisition de logements et de véhicules des ménages pour le second trimestre 2019 se sont améliorées significativement par rapport au premier trimestre.

La situation positive sur le marché du travail continue de soutenir la croissance du revenu disponible des ménages. Les créations d’emplois se poursuivent sur un rythme plus modéré mais toujours positif (0,5% sur un an au mois de mars 2019, contre 1% un an auparavant). Le taux de chômage continue de baisser (10,2% en avril 2019) et le taux d’emploi est au plus haut, dépassant son niveau d’avant-crise (58,8% en avril 2019). En prévision, les informations disponibles sont encourageantes : les perspectives d’embauche sont en amélioration depuis le début de l’année pour les secteurs de la construction, des services et du commerce au détail. Seul le secteur manufacturier montre un léger recul pour l’instant.

L’accélération des salaires est bien visible depuis un an et gagne en puissance début 2019. Les salaires ont progressé de 2,8% au premier trimestre, tirés par l’industrie et la construction.

La faiblesse de la consommation s’explique par une remontée du taux d’épargne depuis la fin 2018. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. D’abord une volonté de reconstitution des encaisses réelles après des valorisations négatives des actifs fin 2018. Mais aussi un objectif patrimonial grâce à des achats de logements qui deviennent de plus en plus accessibles. L’hypothèse d’une remontée de l’épargne de précaution est aussi crédible face à la dégradation de la confiance des consommateurs.

La croissance de l’investissement était encore positive au premier trimestre 2019 (0,6% sur le trimestre), mais ceci est le résultat de la forte accélération de l’investissement en construction (+2,6%) dans ses deux composantes résidentielle et non résidentielle. Cette évolution profite des conditions météorologiques particulièrement favorables mais également d’une amélioration de la demande. En témoigne un nombre de transactions résidentielles ayant retrouvé le niveau de 2010. En revanche, l’investissement productif est en recul (-1,29% pour les machines et équipements et -5% pour le transport). Les entreprises non financières ont vu leur taux de marge baisser depuis le pic de 2017, mais celui-ci reste élevé. C’est surtout l’incertitude sur la demande qui pèse sur les décisions d’investissement, ainsi que la faible lisibilité de la politique gouvernementale qui a fortement réduit les mesures fiscales d’incitation à l’investissement.

L’acquis de croissance pour l’année 2019 s’établit à -0,01%. Les indicateurs avancés signalent une croissance au mieux nulle au second trimestre 2019. Un potentiel de redynamisation de la croissance peut venir de la fin du processus de déstockage qui est en cours depuis six mois. Celui-ci a trouvé son origine dans la dislocation de la production automobile au cours de l’été qui avait provoqué une forte accumulation des stocks. Il avait été renforcé par la progressive détérioration des perspectives dans l’industrie. Ce déstockage a fortement impacté la croissance et sa normalisation devrait avoir un impact positif sur l’activité au cours des prochains trimestres.

Du fait d’une croissance plus forte qu’anticipé au premier trimestre, on peut prévoir une croissance de 0,2% en moyenne pour l’année 2019. La contribution de la consommation et de la demande extérieure devrait demeurer modeste. L’investissement devrait retrouver une croissance à peine positive. On peut prévoir les mêmes dynamiques en 2020, avec une croissance à 0,4%.

Pour la deuxième fois en moins d’un an, la Commission européenne s’est vue obligée de rédiger un rapport sur l’état de la dette italienne. Si l’année dernière elle concluait que le critère de la dette était respecté et que l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif ne se justifiait pas, elle renvoyait néanmoins à une réévaluation en 2019. C’est chose faite et la Commission européenne a recommandé l’ouverture d’une procédure pour dette excessive en constatant que :

• Pour 2018, l’Italie n’a pas respecté l’objectif en termes de croissance de la dépense publique et d’ajustement du déficit structurel avec un écart de 0,4 point de PIB (7 Mds €)

• Pour 2018, l’Italie n’a pas respecté l’objectif en termes de baisse de la dette (la dette augmentant de 131,4% en 2017 à 132,2% en 2018).

• Pour l’année 2019, le déficit risque une déviation significative avec un dérapage de 0,6 point par rapport à l’objectif.

• Les évolutions budgétaires pour 2020 sont susceptibles de conduire au franchissement de la règle de 3% de déficit (que la Commission prévoit à 3,5% contre 2,1% pour le gouvernement).

La Commission ne tient donc pas compte des réponses fournies par le gouvernement italien qu’elle juge trop vagues. En ce qui concerne la remontée du ratio dette/PIB en 2018, le gouvernement a invoqué des conditions macroéconomiques dégradées et des facteurs temporaires (flux-stocks d’actifs).

Mais ce sont surtout les réponses fournies pour le déficit 2019 que la Commission a jugées non satisfaisantes. L’Italie a activé une clause de sauvegarde de 2 Mds € de baisse supplémentaire de dépenses, pour limiter le dérapage pour l’année en cours mais cela ne suffit pas. Le gouvernement suggère aussi que des recettes meilleures qu’anticipé et un déboursement moindre lié aux nouvelles dépenses sociales devraient contenir le déficit à un niveau inférieur au 2,4% prévu par la Commission. De plus, il suggère que, compte tenu de la faiblesse de la conjoncture, l’écart de production serait plus négatif que celui indiqué par la Commission, justifiant la demande d’un ajustement structurel des comptes de 0,25 plutôt que de 0,6 point. Dans ce cas, la déviation ne serait pas excessive. La Commission a balayé du revers de la main ces arguments. Elle demande des mesures d’ajustement en cours d’année pour rattraper la déviation du déficit de 2018 et celle prévue du déficit de 2019 (attendu à 2,5%, contre 2,4% prévu dans le Programme de stabilité d’avril).

La Commission et les partenaires de l’Italie semblent vouloir accélérer les délais pour prendre une décision quant à la procédure pour dette excessive. L’organe technique du Conseil a jugé recevable la recommandation de la Commission.

Le gouvernement semble disposer de marges budgétaires pour opérer l’ajustement requis sur le déficit 2019 (0,3 point de PIB pourrait suffire). Le gouvernement (appuyé par les estimations de la Sécurité sociale) a déjà identifié 1,7 Md € de moindres dépenses pour le revenu citoyen et 1,3 Md € pour les retraites anticipées, soit un total de 3 Mds € et de 0,2 point de PIB. Il annonce avoir débloqué 2 Mds € de coupes dans les dépenses et attendre 3,2 Mds € de recettes supplémentaires. Un total de 5,2 Mds € (0,3 point de PIB) suffisant à ramener le déficit à 2,1% du PIB en 2019.

Cela pourrait éviter l’ouverture de la procédure pour dette excessive et reporter le débat avec la Commission au mois d’octobre lors de la présentation du projet de budget pour 2020. En 2020, le gouvernement s’est engagé à produire un déficit de 2,1%, alors que la Commission prévoit 3,5%. Les marges de manœuvre sont plus restreintes, mais existent. Cependant, elles requièrent des choix politiques qui pourraient avoir des conséquences sur la cohésion du gouvernement. Des dépenses moindres, à hauteur de 0,4 point de PIB, au titre des retraites anticipées semblent déjà possibles du fait d’une demande inférieure de la part des personnes éligibles à ce qui était prévu. Ensuite, les 8,3 Mds € de recettes de la hausse de la TVA prévues dans le Programme de stabilité (et pas prises en compte par la Commission) pourraient être en partie mises en place (disons un tiers, équivalent à 1 point de TVA pouvant ainsi fournir 0,2 point de PIB de recettes supplémentaires).

Pour réduire davantage le déficit, des arbitrages politiques seraient nécessaires : soit réduire les deux mesures phare du gouvernement, le revenu universel qui comporte un coût de 5,9 Mds € et les retraites anticipées, soit 8,3 Mds € en 2020. Ensuite, renoncer à la baisse de l’IRPP (flat tax), dont le coût est estimé à 12 Mds € ou alors la faire financer, du moins partiellement, par une refonte plus globale du système de l’impôt, notamment par la suppression des déductions fiscales (dont le coût est estimé à 5-6 Mds €).

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Source : Études Économiques - Groupe Crédit Agricole S.A.

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