Panorama économique

Il est intéressant de noter que, depuis une vingtaine d’années et jusqu’à la date des élections américaines de fin 2016, la croissance économique du Mexique n’avait jamais été en-dessous des 3 %. Ainsi, jusqu´à cette date, le principal moteur de la croissance demeurait la consommation privée, qui représentait 69,5% du PIB au premier trimestre 2016 (contre 21,4% pour l’investissement). Cette dernière a connu une croissance de 3,6% en termes réels sur les cinq premiers mois de 2016, aidée par la baisse du chômage, l’augmentation des salaires réels (de +1,6% par mois en moyenne), l’augmentation des crédits bancaires au secteur privé (de + de 15%), et la forte hausse des remesas (1) (de + 9%), qui ont atteint les 24 milliards de dollars américains en 2015.

(1) Sommes d´argent envoyées des Mexicains résidant aux États-Unis à leurs familles mexicaines

Toutefois, l’estimation pour 2017 est nettement moins optimiste et tourne en ce début d’année aux environs de 1,7 %, avec un probable retour aux alentours des 2,5 % pour 2018. Cette baisse s’explique principalement par différents facteurs :

- L´élection de Donald Trump et la mise en œuvre progressive des menaces proférées durant sa campagne électorale ;
- La dépréciation de la monnaie mexicaine face au dollar américain ;
- Le retrait américain de l´Accord de partenariat transpacifique ;
- Le possible retrait des États-Unis de l´ALENA, ou pour le moins la renégociation de cet accord ;
- La construction du mur transfrontalier (et son financement) ;
- La menace d’imposer un droit d’entrée de 20% à l’importation des produits mexicains aux USA afin de financer le mur ;
- La forte hausse de l´inflation (4,8% début 2017) et de la dette publique mexicaine ;
- Le retrait de certains investissements directs américains, particulièrement dans le secteur automobile (Ford et GM), alors qu´au Mexique près de 50% des IDE proviennent des USA ;
- Le renvoi des mexicains sans papier, ce qui provoquera à moyen terme une diminution des remesas.

Nous comprendrons donc aisément la hausse de l´inflation et la dépréciation de la monnaie mexicaine vu l´incertitude des relations économico-commerciales et l´interdépendance commerciale entre les deux pays. Pour rappel, le Mexique exporte actuellement 80 % de ses produits vers les États-Unis et 68 % des États-Unis dépendent fortement du Mexique, principal marché d’exportation (jusqu’à 45%) américaine après le Canada. Il est donc nécessaire et urgent que le Mexique diversifie ses sources d’IDE ainsi que ses marchés à l’exportation.

Toutefois, malgré ce panorama économique quelque peu assombri pour 2017, le Mexique reste à moyen terme un pays à haut potentiel avec entre 20 et 25 millions d´habitants pouvant se permettre une « consommation aisée à l’européenne », voire plus aisée encore. De plus, les négociations en cours du volet commercial de l’accord global UE-MEX offrent une opportunité intéressante pour promouvoir les industries européennes désireuses d’exporter au Mexique et vice versa. Le Président Peña Nieto a d’ailleurs déclaré que c’était l´une de ses priorités pour 2017, même si ces dernières risquent d’être ralenties en cas de renégociation de l´ALENA pour cause de manque d’effectif puisque la même équipe serait en charge des deux négociations. Le Mexique pourrait donc vivre un moment charnière, de crise ou de nouvelles opportunités économiques. Vu les nombreux accords économiques et commerciaux déjà signés avec plus de 40 pays, les Mexicains restent optimistes et ils devraient plus ou moins rapidement se remettre de ce contexte économiquement maussade pour profiter des accords déjà signés avec d’autres pays et continents, dont l´Europe.

Panorama politique

Les élections dans l’État de Mexico de cette année ainsi que les élections fédérales de 2018 seront capitales pour l’avenir du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) resté au pouvoir sans interruption entre 1929 et 2000, élections historiques qui virent la victoire du PAN (Parti d´Action Nationale), avec M. Vicente Fox. Depuis 2012, le PRI est à nouveau au pouvoir avec M. Peña Nieto, mais est de plus en plus contesté à l’intérieur du pays. Dans les sondages actuels, le PAN arriverait en première place avec 25 % de l’électorat, suivi du PRI avec le même pourcentage, et du nouveau parti de gauche MORENA, avec 22 %. Un changement politique est donc envisageable, surtout si l’on tient compte du ressenti du peuple mexicain suite aux récentes mesures très peu populaires du gouvernement, consistant à augmenter le prix des denrées basiques ainsi que de l’essence de manière considérable, à un moment d´incertitude économique.

Choix du distributeur

Vu la taille du pays (1 964 375 km2) et l’importance des distances, il serait préférable de considérer avant tout la capitale et les grandes villes du pays (Mexico city, Monterrey, Guadalajara, Puebla) et rechercher soit un importateur ou distributeur avec une capacité logistique sur la totalité du pays ou sur les villes qui vous intéressent, soit plusieurs distributeurs en fonction des États et secteurs que vous souhaitez toucher.

Risque d'impayé

De façon générale, les échanges commerciaux avec l’Europe se font en dollars US mais rien n’empêche d’envisager l’Euro. Au 31 janvier 2017, 1 € valait 22,5 MXN (Pesos Mexicain). Le peso s´étant énormément déprécié ces derniers mois, il est probable que cela ait un impact sur les importations. Les délais de paiement étant en général assez longs (surtout dans la grande distribution), il est particulièrement judicieux de penser aux instruments de couverture pour se prémunir du risque de change. Les impayés peuvent également parfois être un problème, même si très peu de cas ont été reportés à l´AWEX Mexico. Certaines attitudes saines peuvent le cas échéant être adoptées : soit le paiement avant livraison (difficile à obtenir), soit la prise d’assurance contre le non-paiement, soit le « crédoc », qui sera toutefois souvent considéré trop cher par votre client.

Traité de libre-échange

Le Traité de libre-échange signé avec l’Union européenne octroie aux marchandises en provenance de l’Union européenne une origine préférentielle, à savoir, le paiement de droits de douane réduits pour l’exportateur sur environ 90 % des produits exportables. Afin d’obtenir ces réductions, l’exportateur doit prouver l’origine communautaire du produit par la remise d’un certificat EUR.1 (à retirer auprès du Ministère des Affaires économiques) ou par une déclaration sur facture dans le cas d’exportations pour un montant inférieur à 6000 euros.

Notons que le Mexique est très pointilleux sur les aspects douaniers et qu’il est important de bien s’informer sur toutes les formalités avant d’envoyer un container. Des négociations sont pour le moment en cours afin d’actualiser les accords et le gouvernement mexicain aimerait les voir clôturer pour la fin de cette année, même si cette date semble peu plausible aux yeux des différents membres de l´Union européenne. Vu le contexte commercial tendu avec les États-Unis, le président E. Peña Nieto a insisté pour faire de ces négociations la priorité de sa politique internationale pour 2017.

Secteurs porteurs

Parmi les secteurs à haut potentiel au Mexique ressortent principalement ceux des industries suivantes :

- Agroalimentaire ;
- Infrastructures de transport urbain ;
- Santé et Biotechnologies ;
- Environnement et Energies renouvelables;
- Aérospatial/Aéronautique ;
- Minier ;
- Automobile ;
- TIC et Nanotechnologie ;

Agroalimentaire

Ce secteur revêt une grande importance tant pour le Mexique (4,5 % du PIB) que pour la Wallonie. En effet, le Mexique - 12ème producteur et 14ème exportateur mondial d’aliments- dispose d’importants atouts pour se positionner au niveau international comme une puissance agricole

Infrastructures

Voici à titre d´information les 10 plus grands projets d´infrastructure qui ont débuté en 2016(²) : Train Interurbain Mexico – Toluca (378,8 millions d’USD), entrée en opération prévue pour 2018 ; Ligne 3 du Train Electrique de Guadalajara (259,9 millions d´USD), entrée en opération prévue pour juin 2017 ; Nouvel Aéroport International de la ville de México (252,8 millions d´USD), entrée en opération prévue pour octobre 2020 ; Travaux hydrauliques du Nouvel Aéroport International de la ville de Mexico (190,8 millions d´USD) ; Tunnel Emetteur Orient, Mexico city (179,9 millions d´USD) ; Ligne A: Chalco – La Paz, dans l´État de Mexico (114,9 millions d´USD) ; Renouvellement de l’équipement médical de l´IMSS (92,4 millions d´USD) ; Barrage Santa María, État du Sinaloa (81,4 millions d´USD), entrée en opération prévue pour 2018 ; Agrandissement naturel du port de Veracruz (53 millions d´USD) ; et Projet hydrologique de protection de la population de Tabasco face aux inondations (50,6 millions d´USD). 

Santé et biotechnologies

Le secteur de la Biotechnologie est perçu comme un secteur économique d’avenir pour le Mexique. À l´heure actuelle, le Mexique souhaite développer son expertise dans tous les domaines de la biotechnologie : environnement, santé, agroalimentaire et applications industrielles. À l’heure actuelle, le pays explore de nouvelles applications dans le domaine de la santé humaine et vétérinaire, de la modernisation agricole, de la protection de l’environnement, des biocombustibles, etc.

Environnement et énergie

Pour rappel, dans le cadre de la réforme énergétique mexicaine, le premier programme de développement du Système électrique national prévoit d’ici 2019 d’augmenter la capacité de production électrique de 68,5% via des investissements de plus de 55 milliards d´EUR, et de doubler la capacité de génération actuelle du pays. Pour sa part, la CFE(3) a annoncé l’ouverture d´appels d´offre publics pour au moins 9 projets et pour un investissement de 8,3 millions d’USD. De ces 9 projets, 5 concernent la construction de gazoducs et 4 des centrales de génération d’énergie pourvues d’une technologie plus efficace et compétitive. Ces projets débuteront leur opération commerciale entre 2017 et 2018. En tout, il s’agit d’un total de 85 projets d´infrastructure énergétique et d´un investissement de plus de 24 milliards de dollars américains, dont 66 ont déjà fait l’objet d’appels d’offre, 50 d’entre eux ayant déjà été attribués à différents consortiums (4).

Les projets de développement durable les plus importants au Mexique et les meilleures opportunités d’affaire pour nos sociétés se situent à mes yeux dans les catégories suivantes (5) :

-Energie renouvelable (principalement la solaire, l´éolienne, l´hydroélectrique et la géothermique) ;
-Biomasse ;
-Traitement des eaux résiduelles ;
-Recyclage de déchets (surtout électroniques) ;
-Réduction de CO2 et des embouteillages, suite à la signature des Accords de Paris en avril 2016, amenant l´obligation d’atteindre 35% de génération verte en 2024 ;
-Technologie de Nettoyage écologique.

(3) Commission Fédérale pour l´électricité

(4) http://www.dineroenimagen.com/2016-04-22/71874

(5) http://www.promexico.gob.mx/desarrollo-sustentable/los-mas-importantes-proyectos-de-desarrollo-sustentable-en-mexico-se-presentan-en-green-solutions.html

 

Aérospatial et aéronautique

Le secteur de l’Aérospatial s’est très fort développé au Mexique ces dernières années et le pays apparait de plus en plus comme une région stratégique pour cette industrie. Le secteur représente à l´heure actuelle 45.000 emplois. La production se concentre principalement sur la fabrication des composants des avions (et hélicoptères). Ces trois dernières années, l´industrie a connu une hausse supérieure à 15%/an, et le pays est à l´heure actuelle le 6ème fournisseur de l´industrie aérospatiale américaine. Ce secteur a connu une forte hausse (+ de 17% de moyenne annuelle) de ses exportations durant la période 2004-2014, et a presque atteint les 7,5 millions de dollars américains fin 2015. Le pays compte à peu près 350 entreprises dans le secteur, toutes situées dans les Etats de la Basse Californie, de chihuahua, du Nuevo Leon, de Querétaro et de Sonora. Actuellement 80 % des IDE proviennent des Etats-Unis, et 20 % d’Europe, principalement de l’Espagne, la France et le Luxembourg (6).

(6) http://www.mms-mexico.com/art%C3%ADculos/industria-aeroespacial-mexicana-panorama-2016

Exploration minière

En dépit des difficultés auxquelles le secteur minier s’est trouvé confronté ces dernières années, il reste un moteur traditionnel de la croissance mexicaine (5,5% du PIB en 2015), et se caractérise par une forte présence d’acteurs mexicains et canadiens. Avec près de 350.000 km2 en exploitation en 2015, le Mexique est le 1er producteur mondial d’argent, le 2ème producteur mondial de bismuth, 6ème de zinc et 8ème d’or. Ainsi, l’or, l’argent, le cuivre et le zinc concentrent-ils près des 3/4 de la valeur de la production minière totale du pays. Le secteur minier non-pétrolier est particulièrement développé dans les États de Zacatecas, Sonora, Chihuahua, et Coahuila, qui contribuent à plus de 60 % de la production nationale. Quant au secteur minier pétrolier, il se retrouve particulièrement dans les États du Campeche et du Tabasco. Cinquième destination mondiale des IDE dans le secteur minier, les mines mexicaines ont attiré, en 2015, 5,2 Mds d´USD d’IDE (+5,1% ), dont 1,5 Md sera consacré à la réalisation de nouveaux projets.

Afin notamment de compenser les baisses des prix des métaux en attendant la récupération du secteur qui n’est pas prévue avant 2018, les acteurs du secteur minier cherchent à miser sur le renforcement de la sécurité et une baisse des coûts de production. Ils se tournent de ce fait vers l’innovation technologique et le développement durable, un segment qui pourrait être porteur de nouvelles opportunités pour certaines de nos sociétés (7).

(7) http://www.tresor.economie.gouv.fr/File/424147

Industrie automobile

Le Mexique est actuellement le 7ème plus grand producteur d’automobiles au monde, et est en train de dépasser l´Inde. De janvier à novembre 2016, l’exportation des composants automobiles fabriqués au Mexique a atteint plus de 24 milliards de dollars, chiffre historique pour l´industrie automobile, reflétant une hausse de 5% par rapport à 2015 (8). En 2020, il sera fort probablement le 6e au monde, après la Chine, les Etats-Unis, le Japon, l´Inde et l’Allemagne, avec une production annuelle de 4,7 millions de véhicules. Bien que ce secteur sera probablement l´un des plus touchés par les décisions politiques du nouveau président américain (retrait des investissements de Ford et GM, possible retrait de l´ALENA provoquant l´imposition de nouveaux droits d’entrée pour l’exportation de véhicules mexicains vers les Etats-Unis) vu que 70 % de la production mexicaine est destinée aux Etats-Unis, le pays fait déjà la convoitise d´autres IDE, entre autres chinois. De plus, le Mexique est conscient du devoir de diversification tant pour ses exportations que pour ses IDE.

(8) El Financiero, 01/02/2017

TIC

Définitivement adoptée en juillet 2014, la réforme des télécommunications, visant à dynamiser le secteur des télécommunications mexicain, est globalement saluée comme un succès pour le Gouvernement et a déjà commencé à produire ses effets, notamment en termes de baisse des prix et d’attraction des investissements. Pour rappel, le Mexique est l’un des pays les plus déficients de l’OCDE en la matière. Plusieurs acquisitions ont été depuis lors confirmées, en particulier l’entrée sur le marché du géant américain AT&T qui a annoncé les acquisitions d’Iusacell et Nextel pour 4,4 milliards d´USD au total. Ce dernier devient dès lors le 3ème opérateur du pays en termes de nombre d’abonnés de téléphonie mobile avec environ 11,5% du marché derrière America Movil et Movistar. Le secteur de la télévision s´ouvrant également davantage, il se pourrait qu’il y ait certaines opportunités d’affaire dans un deuxième temps pour nos sociétés dans ce secteur (9).

(9) http://www.tresor.economie.gouv.fr/File/413239

En conclusion

Malgré le moment difficile qu´il traverse de par les mesures politiques prises par le nouveau président américain, le Mexique a encore beaucoup à offrir à nos sociétés prêtes à aborder le marché de l’Amérique latine. La taille de son marché, sa situation géographique stratégique et sa main d´œuvre bon marché en font un excellent tremplin tant vers les États-Unis que vers les pays d’Amérique du Sud. Ses politiques commerciales fort libérales attirent les investisseurs et favorisent l’accessibilité à son marché.

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FLORENCE VANHOLSBEECK - Attachée économique et commerciale à Mexico, 31/1/2017

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